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Agrégé de Philosophie, Professeur de classes préparatoires aux grandes écoles, Lycée Condorcet.
Paris, Septembre 2005.
I. La philosophie est enseignée en France, dans les Lycées (aussi bien dans les lycées d'enseignement général que dans les 1ycées d'enseignement technologique).
-Age des élèves: 17-19 ans.
-Par semaine, il y a 7 heures de Philosophie en classe terminale L (littéraire), 4 heures en classe terminale S (Scientifique) et 4 heures en classe ES (Economique et sociale).
-Matière obligatoire au baccalauréat pour tous les candidats: une épreuve écrite de quatre heures (au choix: deux sujets de dissertation et un texte à commenter). A l'oral de rattrapage (les candidats ayant obtenu 10 de moyenne à l'écrit sont dispensés de l'oral), les candidats peuvent choisir une interrogation de philosophie. L'éthique (ou la philosophie pratique) fait partie intégrante de l'enseignement philosophique. (Exemple: La politique: la société. La justice et le droit: L'Etat. La morale: La liberté, le devoir, le bonheur).
On peut considérer Victor Cousin, ministre de Louis-Philippe, comme le vrai fondateur de l'enseignement philosophique dans les lycées français (1844). Après une suppression en 1852, avec la phase autoritaire du Second Empire, cet enseignement est rétabli en 1863 par Victor Duruy). C'est avec la Troisième République que l'enseignement philosophique s'étend et fortifie sa nouvelle tradition. Les instructions de 1925 ont définitivement orienté cet enseignement vers la réflexion sur des problèmes et des notions, sans résumé de thèses ni de doctrines. Elles affirment la liberté du professeur. Cette orientation, combattue en de nombreuses occasions par des gouvernements d'inspirations diverses, a toujours dû se réaffirmer.
La philosophie est discipline obligatoire.
Les élèves remettent une dissertation ou un commentaire de texte toutes les trois semaines, c'est-à-dire 9 ou 10 devoirs écrits par année scolaire, de Septembre à Juin. Si l'on préfère compter par semestre, 4 ou cinq devoirs par semestres... Ces devoirs portent indifféremment sur les questions de philosophie de la connaissance ou de l'action. L'enseignement philosophique occupe une place très importante dans la préparation des candidats au baccalauréat. Rien n'empêche les professeurs ou les élèves de le prolonger en dehors du temps affecté à l'enseignement de la discipline. Cela dépend d'une grande diversité de facteurs personnels et locaux... Il existe des sites Internet de Philosophie dont des professeurs sont les coordinateurs avec le concours de leurs élèves (par exemple, un site Alain au Lycée Alain du Vésinet), des lycées proposent des expositions sur des philosophes, ou des commémorations de philosophes. Par exemple, le Lycée Condorcet, en Mai 2004, a organisé une commémoration de Bergson. Des classes y ont participé en dehors de l'horaire.
II Il y a un programme, nouveau depuis 2003. Il est accompagné de directives.
Ce programme comporte
d'une part une liste de notions (par exemple: la conscience. La perception. Théorie et expérience) et de «repères» (par exemple: Abstrait/concret, analyse/synthese. Origine/fondement). une liste d'auteurs. Deux œuvres d'auteurs appartenant à cette liste sont obligatoirement étudiées dans la section L (où l'horaire est de 7 heures hebdomadaires) et une au moins une dans les sections ES et S (quatre heures).
Les notions interviennent dans les champs problématiques étudiés. Par exemple «L'existence et le temps» peut être étudié conjointement avec «L'histoire».
La méthode: Chaque professeur est libre de traiter les notions dans l'ordre qu'il conçoit nécessaire pour son propos. Le cours de philosophie comporte un enseignement continu, des exercices et le corrigé de ces exercices, l'étude de textes. Le cours n'est pas une «conférence», mais en une recherche, une interrogation, un travail.
Il peut y avoir ponctuellement des coordinations avec les professeurs d'autres disciplines; rien ne l'interdit, rien ne le prescrit. Par exemple, avec le professeur d'histoire ou de Sciences naturelles, ou de Physique ou de Mathématiques, sur des questions précises, philosophiquement élaborées et pour un nombre déterminé d'heures. C'est à l'initiative des professeurs et selon leurs affinités. Cela dépend aussi des besoins et du niveau des élèves.
«L'Europe» ne constitue pas en elle-même une question ou une notion proprement philosophique qui pourrait donner lieu à un enseignement. Mais il n'est pas impossible de méditer sur le texte qu'Edmund Husserl consacra à la Crise des seines européennes. La Krisis est souvent étudiée dans les classes de philosophie de l'enseignement secondaire français.
III Le professeur titulaire de philosophie est recruté par un concours national organisé chaque année. Les professeurs auxiliaires sont recrutés sur titres universitaires (licence). Ils se préparent en général aux concours de recrutement, mais au bout d'un certain nombre d'années d'enseignement, ils peuvent être titularisés par une procédure particulière dite de « CAPES pratique» (inspection dans leur classe par un inspecteur assisté de deux professeurs titulaires) ou passer le CAPES ou l'Agrégation «internes» comportant un écrit et un oral sur un programme plus léger que celui des concours «externes».
Pour être titulaire, il faut avoir été reçu au Certificat d'aptitude au professorat de l'enseignement secondaire (C.A.P.E.S.), ouvert aux candidats justifiant du titre de la Licence de Philosophie. Le concours comporte un écrit national anonyme (deux dissertations) et un oral (une explication de texte et une leçon sur une question de philosophie). L'autre concours de recrutement est l'Agrégation. Pour être candidat à l'Agrégation, il faut être titulaire de la licence et de la maîtrise. Le concours comporte un écrit national anonyme avec trois épreuves: une dissertation sans programme, une dissertation sur un programme de notions changeant chaque année, un commentaire de texte sur un programme de textes changeant chaque année. A l'oral, les candidats retenus après admissibilité à l'écrit passent une épreuve de commentaire de texte français, une épreuve de texte en langue ancienne ou moderne, et deux leçons sur une question de philosophie. Le programme de textes change chaque année.
Pour le CAPES, au moins 4 années: deux années de premier cycle, une année de licence, une année de préparation au CAPES., soit 8 semestres.
Pour 1'Agrégation, 5 années (ou dix semestres): id., plus la maîtrise (travail personnel consistant en un mémoire sur un sujet ou un auteur, et la soutenance de ce mémoire: durée une année universitaire, c'est-à-dire deux semestres.
Le stage de formation pratique s'accomplit en un an (deux semestres) après la réussite au concours du CAPES ou de l'agrégation, dans le cadre d'un IUFM (Institut universitaire de formation des maîtres). La formation comporte des cours de pédagogie et la prise en charge d'un service partiel d'enseignement.
C'est la question de la formation continue. Les MAFPEN (missions académiques à la formation des personnels de l'Education nationale, une par académie) proposent chaque année scolaire un programme de formation continue assuré par des professeurs en exercice (des lycées, des classes préparatoires, des universités) et s'adressant aux professeurs en activité qui s'inscrivent librement pour une session.
Par exemple, pour l'académie de Paris, en 2005-2006, deux auteurs sont proposés:
Leibniz (deux journées entières, cinq intervenants) et Kierkegaard lecture suivie des Miettes philosophiques en cinq demi-journées de trois heures. Par ailleurs des thèmes sont proposés:
«La culture, sciences, morale et politique», trois demi-douzaine de trois heures. «Philosophie, religion, laïcité», une journée entière de 6 heures.
Un atelier de travail sur l'évaluation des copies d'élèves est également proposé aux professeurs.
IV Depuis l'adoption du programme de 2003 après plusieurs années d'incertitude et d'affrontements, la situation de l'enseignement philosophique en France semble stabilisée et rien ne le menace explicitement du fait de l'institution (programmes, conception de cet enseignement, horaires). L'inquiétude des professeurs est due aux grandes disparités de niveau des élèves qui arrivent en classe terminale: maîtrise de la langue, capacité de rédaction, de lecture. Les effectifs de la Terminale L diminuent, pour des raisons diverses, dont l'une tient au souci des abouchés professionnels, réputés plus grands si l'on obtient un baccalauréat scientifique ou économique. Ce qui relève évidemment de l'illusion. . . mais c'est une autre histoire, comme on dit.